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[Interview] Les conseils d'une chasseuse de têtes pour trouver un travail dans la RSE

Crédit : Birdeo

[Interview] Les conseils d'une chasseuse de têtes pour trouver un travail dans la RSE


12/11/18 | Acteurs de l'environnement
12/11/18 | Acteurs de l'environnement Voir l'édition du jour

Rémunération, formation, compétences... nous avons demandé à Caroline Renoux ses conseils pour faire carrière dans la RSE. Dans le livre qu'elle vient de publier, cette chasseuse de têtes insiste : il ne faut pas être un "généraliste de la RSE", mais bien apprendre un métier et le "teinter" ensuite.

Consultant RSE, directeur développement durable, analyste ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance), acheteur... Quels sont les métiers de la RSE ? Quels sont les secteurs qui recrutent ? Comment s'y prendre quand on cherche un travail dans le domaine, à la sortie de ses études ou pour une reconversion professionnelle ?

► Caroline Renoux, fondatrice du cabinet de recrutement spécialisé Birdeo donne ses conseils dans un livre qui vient de paraître (1). L'occasion pour nous de la rencontrer.

 
Qu’est-ce que vous entendez par RSE ?

Caroline Renoux : Il existe beaucoup de définitions différentes, mais l’ISO 26000 et les ODD (objectifs de développement durable) ont donné un cadre. La RSE est la contribution des entreprises aux ODD.

Quels sont donc les métiers de la RSE ?

Caroline Renoux : Ce sont tous les métiers qui vont impacter cette contribution aux ODD : les achats responsables, la finance responsable, le marketing durable… Mais plus largement tous ceux dans lesquels on applique du développement durable.

Vous notez qu’il y aurait en France seulement cinq personnes qui occupent en même le temps le poste de directeur marketing et directeur développement durable. En quoi est-ce dommage ?

Caroline Renoux : Parce que les marketeurs drivent le business, ce sont eux qui créent les offres pour les consommateurs. Mais il est vrai que c’est encore très rare de trouver des marketeurs qui ont cette fibre développement durable.

Quels sont les secteurs et les métiers qui recrutent le plus alors ?

Caroline Renoux : Ce sont les secteurs qui sont le plus impactés, soit par la réglementation, soit par la demande des consommateurs. Il y a la finance, avec des banques de plus en plus contraintes de regarder l’impact des activités dans lesquelles elles investissent, l’agro-alimentaire, et tout ce qui touche au devoir de vigilance.

Pour avoir une chance d’être embauché, vous expliquez qu’il ne faut pas être "généraliste de la RSE". Quel est le profil idéal alors ?

Caroline Renoux : Le bon profil est celui qui connaît un métier ou un secteur et y a ajouté une couche RSE, avec un master développement durable réalisé après ou en parallèle de ses études, études d’ingénieur ou de commerce, par exemple.

Parce que la RSE n’est pas enseignée dans les grandes écoles de commerce ou à l’université ?

Caroline Renoux : Il y a une offre pour ceux qui veulent faire du développement durable, mais elle n’est pas assez intégrée dans le parcours classique. Il faut faire la démarche de s’y intéresser, alors que je pense qu’il faudrait que ce soit obligatoire.

Il y a beaucoup de formations, aussi bien initiales que continues, disponibles. Comment s’y retrouver ?

Caroline Renoux : Je pense qu’au niveau des universités, l’écrémage a déjà été fait : il n’y a plus de très mauvaise formation. Maintenant, comment choisir ? Regarder si les professeurs sont reconnus, s’il y a des intervenants du monde de l’entreprise, si la formation permet de développer son réseau…

Quelles sont les compétences attendues ?

Caroline Renoux : Je vois trois types de compétences. D’abord, celles correspondant à un métier ou un secteur (les achats, l’agroalimentaire etc.). Ensuite, il faut avoir une bonne culture générale du développement durable, c’est-à-dire connaître les ODD, l’analyse de matérialité etc. Enfin, il faut des soft kills (2) développées.

Quels savoir-être sont nécessaires ?

Caroline Renoux : Il faut être courageux parce que les messages que vous avez à délivrer ne sont pas toujours agréables à entendre, par exemple. Il faut être persistant, parce que vos propositions ne seront pas forcément retenues la première fois. Dans ces métiers, il faut être capable de parler aussi bien au CEO (Chief Executive Officer) [directeur général, NDLR] qu’au président de l'association ou aux ouvriers des usines. Bien sûr, il est nécessaire d’avoir des compétences pour la gestion de projets menés de manière transversale.

Cela doit dépendre des profils mais quel est le délai moyen entre le début de la recherche d’emploi et le recrutement ?

Caroline Renoux : Les reconversions sont un long processus, pas seulement dans le développement durable. Il faut compter deux bonnes années, et/ou accepter des missions moins bien rémunérées, dans des associations par exemple. Pour les jeunes diplômés, c’est plus rapide parce qu’en ce moment le marché leur est très favorable, de manière générale d’ailleurs.

Vous prévenez les candidats : la rémunération est moins attractive que dans certains secteurs. Y a-t-il de grosses différences entre le consultant et le consultant RSE du même cabinet, entre finance classique et finance responsable… ?  

Caroline Renoux : Les métiers de la finance responsable sont encore moins bien rémunérés. Mais cela commence à s’aligner. Par contre, les directrices de communication qui viennent me voir pour rechercher un poste dans l’associatif, je les préviens : le salaire est divisé par quatre !

Vous dites aux candidats qu’il ne faut pas avoir honte de ce qu’ils ont fait avant. Avoir travaillé pendant dix ans dans une entreprise sans éthique et très polluante n’est pas rédhibitoire ?

Caroline Renoux : Cela dépend des recruteurs. Par exemple, pour certains, avoir travaillé au département développement durable de Total est un gage positif parce que l’entreprise fait beaucoup plus que d’autres, et qu’il faut être courageux pour défendre ses idées dans ce milieu. Pour d’autres, cela sera perçu comme très négatif en effet.

Dans votre livre, sont citées Starbuck, Danone, Nike… Ces entreprises qui recrutent sont loin d’être irréprochables. Qu’en pensent vos candidats ?

Caroline Renoux : Je leur demande d’être clairs avec ce qu’ils veulent. Une entreprise n’est pas une ONG. Ils doivent regarder si le niveau d’engagement de leur employeur va être en adéquation avec ce qu’ils attendent. Quand il est en-deçà, ils quittent ensuite l’entreprise. La déception est assez fréquente.

 

(1) Comment faire carrière dans les métiers de la RSE et du développement durable, de Caroline Renoux, éd. VA Editions, 202 p., 20 euros. 

(2) Par opposition aux hard kills, les compétences techniques, les soft kills sont toutes les compétences relevant du savoir-être (communication, travail en équipe, créativité, intelligence émotionnelle, etc.).

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